Vos profils numériques révèlent-ils votre véritable identité?

L’identité numérique n’est pas nécessairement en phase avec la personnalité profonde des internautes. La veille sur les réseaux sociaux risque donc d’induire en erreur les DRH ou autres cabinets de recrutement. Il n’y a effectivement pas toujours de corrélation entre la perception numérique de la vie privée d’un individu et son niveau de compétences professionnelles.

La double personnalité des individus sur les réseaux sociaux rend difficile le décryptage de leur véritable identité.

Dans le cas d’une gestion maîtrisée de l’identité numérique, la phase cachée des individus, celle qu’ils refusent d’afficher sur les réseaux sociaux, ne révèle-t-elle pas finalement leur vrai visage? Inversement, dans le cas contraire, l’image que les internautes montrent de manière très ostentatoire ne dissimule-t-elle pas leur vraie nature ? Ainsi, les plus grands bavards sur Facebook ne sont-ils pas souvent de grands timides dans la vraie vie. Cela s’explique naturellement par le fait que sur les réseaux sociaux les individus ont tout le temps de peaufiner leur image contrairement aux entretiens en face-à-face.

Comme l’explique Juliette Labaronne en citant la sociologue Dilara Trupia, « l’identité numérique est moins dévoilement que projection de soi ». Autrement dit, l’individu travestirait naturellement son identité sur les réseaux sociaux. L’image qu’il souhaite donner de lui-même serait toujours déformée par ses propres contradictions intimes. Radio Canada dans le cadre d’une de ses émissions décortiquait bien ce processus de déformation de l’identité numérique des individus (écouter l’émission).

Le filtre des réseaux sociaux est par définition réducteur.

« Ce n’est pas toujours ce qu’on fait qui compte, mais la manière dont on le raconte ». Paris Match en avait d’ailleurs fait son slogan publicitaire : « le poids des mots, le choc des photos !». page FB 3517665078_d94f1ba277En 2013, la formule pourrait s’appliquer aux réseaux sociaux tant il importe d’y capter l’attention de ses followers voire d’y faire du buzz afin de bénéficier d’une plus grande écoute au sein de sa communauté. La vie d’un homme ou d’une femme ne saurait pour autant se réduire à une photo ou un commentaire posté, à un moment donné de sa vie, sur un réseau généraliste tel que Facebook ou Twitter.

Certains cabinets de recrutement « ne s’interdisent pas d’utiliser Facebook pour diffuser une recherche urgente par exemple, mais ils reconnaissent qu’il faut rejoindre un cadre professionnel immédiatement après. Avec Facebook, le recruteur peut passer à côté d’une perle en s’arrêtant sur des détails qui ne devraient pas entrer en ligne de compte, et le candidat peut se décrédibiliser » (voir interview de Jacques créateur d’un cabinet de recrutement en ligne).

L’existence est loin d’être un long fleuve tranquille. entretien d'embauche 88960341_192b1969ca_zL’être humain est par définition ambivalent et son comportement peut-être équivoque à certains moments. Ne dit-on pas d’un ado ou d’un jeune adulte qu’« il se cherche » ? Quelque soit son âge, l’être humain n’est-il pas sans cesse en-devenir ; sa vie n’est-elle pas faite de renoncements et de dépassements de lui-même vers de nouveaux objectifs? Plus que l’image qu’un individu  donne de lui-même à un instant « t », c’est son cheminement individuel dans le temps qui lui confère des valeurs humaines et/ou professionnelles, une personnalité et/ou une expertise qui lui sont propres. Je vous laisse imaginer combien les informations fournie par l’outil Graph Search de Facebook sur les opinions politiques ou religieuses voire l’orientation sexuelle des utilisateurs seraient préjudiciables en cas d’application au processus de recrutement.

 

Les gens intéressants dans la vie réelle peuvent-ils pour autant s’identifier par des traits de caractères communs?

Jessica Hagy, une illustratrice américaine assez particulière, dont le blog, Indexed, est un best-seller aux Etats-Unis, a justement établi une liste des 10 caractéristiques des gens vraiment intéressants dans la vie.

1/Aventureux. 2/Généreux. 3/Actifs. 4/Etranges. 5/Bienveillants. 6/Humbles. 

7/Audacieux.  8/Originaux. 9/Courageux. 10/Sûr d’eux.

Son analyse se veut empirique et non scientifique. Vous imaginez bien que le mix de ces qualités varie en fonction des individus. Certains ont une dose plus importante d’audace ou de bienveillance que les autres ; ce qui leur donne au final des profils sensiblement différents.

Vous noterez par ailleurs que l’audace, l’étrangeté ainsi que l’originalité sont des caractéristiques propres aux gens intéressants dans la vraie vie. Ce sont pourtant des traits de personnalité hors-normes qui s’avèrent très souvent rédhibitoires dans le monde de l’entreprise où les profils sont formatés en fonction des postes.

Ce sont précisément ces accès d’étrangeté ou d’originalité, ces comportements hors-normes  que les  posts ou les tweets trahissent sur les réseaux sociaux. Faut-il bannir ces personnalités du monde de l’entreprise alors que ce sont des gens vraiment intéressants dans la vie ?

En tout cas, la présence d’un candidat sur les réseaux sociaux induit indirectement des traits de caractère. Ainsi, ne dénote-t-elle pas une forme d’empathie et un caractère extraverti  utile en entreprise?  « Pour autant, recruter sur le Net ne doit surtout pas signifier fouiller dans les détails personnels d’un profil. C’est interdit par la loi et c’est inefficace. Ce genre d’infos n’aide pas à faire un bon recrutement : l’important, ce sont les compétences, bien mises en valeur par des outils comme Viadeo et LinkedIn ». Comme l’expliquait Reese Maabich dans la Tribune ,  les recruteurs mettent un point d’honneur à respecter une certaine déontologie en ne tenant pas compte de la sphère privée dans le processus de recrutement. En revanche, certaines sociétés  mettent en place de nouveaux modes de recrutement pour mieux jauger les traits de caractères les plus authentiques des individus. Heineken fait partie de celles-ci.

L’image que l’on donne de soi sur les réseaux sociaux grands-publics peut desservir son identité sur les réseaux professionnels. On peut malheureusement être pathétique dans sa vie privée et très compétent dans son travail.  Certains l’ont très bien compris et se présentent sous leur meilleur angle sur Facebook comme sur Linkedin ou Viadeo. Résultat : l’identité numérique ressort chaque fois déformée, soit embellie, soit appauvrie. Rien ne sert de se fier aveuglément aux réseaux sociaux dans les fonctions RH. Il faut raison garder, l’image privée ne conditionne pas la compétence professionnelle et réciproquement. Seuls le professionnalisme et l’empathie du recruteur permettront de valider, au stade final, la corrélation entre l’image virtuelle et l’image réelle  des candidats interviewés en face-à-face.

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2 commentaires pour Vos profils numériques révèlent-ils votre véritable identité?

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  2. Analyse complète et intéressante ! Ce sont bien l’Ego et la projection de Soi qui se jouent, le tout étant aussi biaisé par le niveau de maitrise des outils et des règles du jeu.

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